L’autocompassion, pour calmer la voix critique
Se parler comme on parlerait à une amie. Ce n’est pas de la complaisance : c’est un levier solide pour changer sa relation à la nourriture.
« Tu n’as aucune volonté. » « Tu as encore craqué. » « Regarde-toi. » Cette voix, vous la connaissez. Elle se fait passer pour une alliée qui vous pousse à faire mieux. En réalité, elle vous épuise, et elle nourrit précisément les comportements qu’elle prétend combattre.
L’autocompassion consiste à se traiter avec la bienveillance qu’on offrirait à une amie qui traverse la même chose. Appliquée à l’alimentation, elle réduit la honte, et avec elle le besoin de se réconforter en mangeant.
Ce que l’autocompassion n’est pas
Ce n’est pas de l’apitoiement. Ce n’est pas se trouver des excuses. Ce n’est pas non plus baisser les bras. La chercheuse Kristin Neff, qui a consacré sa carrière à ce sujet, la définit par trois composantes.
La bienveillance envers soi. Se traiter avec la chaleur qu’on offrirait à une amie qui traverse la même chose, plutôt qu’avec le mépris.
L’humanité commune. Se rappeler que souffrir, échouer, être imparfaite fait partie de l’expérience humaine. Vous n’êtes pas seule, et vous n’êtes pas une anomalie.
La pleine conscience. Reconnaître ce que l’on ressent, sans l’amplifier ni le nier. « Je suis en train de souffrir » plutôt que « je suis nulle ».
Pourquoi l’autocompassion agit-elle sur l’alimentation ?
La voix critique déclenche du stress. Le stress appelle le réconfort. Le réconfort le plus rapide est souvent la nourriture. Puis la voix critique revient, plus forte. L’autocompassion coupe ce circuit à la source : moins de honte, donc moins de besoin de s’anesthésier.
Les recherches sur l’autocompassion, ouvertes par Kristin Neff, le confirment. Les personnes qui pratiquent l’autocompassion ont moins de compulsions, une meilleure image corporelle et, contrairement à ce qu’on croit, plus de motivation à prendre soin d’elles. On prend soin de ce qu’on aime.
Un exercice d’autocompassion pour commencer
La prochaine fois que la voix critique s’exprime après un repas, essayez ceci. Posez une main sur votre cœur ou votre ventre. Dites-vous, en silence : « C’est un moment difficile. Beaucoup de femmes vivent la même chose. Qu’est-ce qui me ferait du bien, là ? »
Ça paraît trop simple. Faites-le quand même, plusieurs fois. La voix critique a eu des années pour s’installer. La voix compassionnelle a juste besoin d’un peu de pratique.